"... Rendre à la sérigraphie ses lettres de noblesse "

Des voix s'élèvent ; c'est de l'imprimerie ! Alain Valtat répond : " Non ! c'est une forme d'art qui relève de l'estampage et dont les multiples usages industriels occultent les fantastiques possibilités de création ".

Apparue en Chine il y a plus de 5 000 ans, la sérigraphie est une technique fondée sur la perméabilité d'un tamis de soie. Il s'agit de boucher les mailles du tissu, afin de moduler le dépôt d'encre colorée qui constitue la forme et la couleur de l'image. Explication sommaire. " Ce n'est pas la technique qui importe, précise Alain Valtat, c'est l'usage que l'on peut en faire, et la manière dont elle permet d'exprimer sa sensibilité ".

Pourtant, la sérigraphie est un continent oublié. Aux Etats-unis, Andy Warhol est pratiquement le seul à l'utiliser. En France, il existe très peu d'ateliers comparables à celui d'Alain Valtat. La plupart d'entre eux " se cassent la gueule pour deux raisons : dans 90 % des cas, ce sont des rigolos, et de plus, la sérigraphie est un pinceau qui coûte très cher ". Face à la pauvreté des réalisations industrielles, Alain Valtat essaie de promouvoir cette technique dans son aspect d'outil de création. " Ce qui m'intéresse, c'est l'image, et dans l'image, les couleurs ! ", précise-t-il avant de répéter; " c'est un outil extrêmement onéreux il faut dépenser beaucoup avant de commencer à sortir des résultats intéressants ".
Alain Valtat a passé quelques temps aux Etats-Unis où il a puisé la plupart de ses inspirations " les USA sont forts en formes et hauts en couleurs ! la vie y est rapide et violente, Je représente ce que je ressens ". Ni impressionniste, ni hyperréaliste il a exposé à Stratford en 1983 et à New York.
Actuellement, paraléllement à sa sculpture, il travaille pour des agences de publicité, réalise des affiches, tout en continuant ses recherches. Une galerie s'occupe de faire connaître son travail au travers d'expositions.
" Il faut revenir à la sérigraphie affirme Alain Valtat avec conviction, le drame actuel, c'est que les gens ne connaissent pas la technique ". D'autant plus que des innovations se greffent sur la technique millénaire des estampes notamment l'utilisation de l'informatique pour l'analyse des couleurs et des ombres. "on va y arriver, mais c'est compliqué, déclare Alain Valtat, en attendant, le plus urgent est de rendre à la sérigraphie ses lettres de noblesse ! ".

V. K. 1985

Perspective from France